Classement Sans Suite ©ThéâtreCreaNova

Propos recueillis par Françoise Laeckmann 

« À la fin de la pièce, on ne peut plus venir dire : ce n’est pas très compliqué d’aller déposer plainte. »

Elle est née d’une rencontre déterminante avec l’avocate bruxelloise Caroline Poiré, spécialisée dans la défense des victimes de violences sexuelles et intrafamiliales. Son expérience professionnelle a nourri la pièce, tout comme sa volonté d’agir en  amont : informer pour prévenir, orienter, faciliter le parcours judiciaire. En l’écoutant raconter le parcours judiciaire de ses clientes, avec le metteur en scène Luca Franceshini, on a compris à quel point ce chemin était violent. Il ne s’agit pas seulement de survivre à une agression, mais d’affronter ensuite une procédure longue, éprouvante, technique, parfois décourageante. J’ai ressenti la nécessité de rendre visible cette réalité.

La pièce suit le trajet d’une plainte, du dépôt jusqu’au classement sans suite – qui concerne 53 % des affaires en Belgique – et la double peine que subit la victime : la violence elle-même puis la manière dont la société et la justice la traitent. Mais au fond, ce n’est pas l’histoire d’une seule personne. C’est celle de toutes les victimes, quels que soient leur âge, leur genre, leur milieu social. Sur scène, cinq interprètes incarnent des catégories : la victime, l’agresseur, les institutions, les associations, les préjugés. Chaque rôle se décline en différentes réalités. L’idée est de montrer que les violences sexuelles traversent toute la société. À travers cette configuration, la pièce tente de traiter de tous les cas. Et de donner une idée la plus complète possible du parcours en cas d’agression sexuelle. Chaque rôle étant démultiplié dans différentes déclinaisons possibles. Par exemple, le comédien jouera différentes versions de l’agresseur : à la fois jeune et plus âgé, d’origine étrangère ou non, proche ou éloigné de la victime, reconnaissant ou non sa responsabilité…

Avec Luca Franceschi, nous avons mené un travail documentaire approfondi. Pendant plus d’un an, nous avons suivi Caroline Poiré dans ses rencontres avec des victimes, des proches, des policiers, des magistrats, d’autres avocats et des associations (partenariat avec Amnesty). Nous avons assisté aux audiences, aux témoignages, aux auditions et aux procès. Mais on a voulu éviter l’instrumentalisation des victimes : les paroles sont donc restituées avec sobriété et loyauté. Chaque phrase du spectacle a été prononcée un jour par quelqu’un.C’est un spectacle polyphonique et fidèle au réel. La mise en scène reste sobre : le sujet est suffisamment fort pour ne pas en rajouter.

La notion de double peine. Beaucoup de victimes subissent, après l’agression, le doute, les questions, souvent la suspicion. Cette victimisation secondaire est extrêmement violente. On évoque aussi l’amnésie traumatique, le viol conjugal, les questions de prescription. Même si la loi évolue, et que la prise en charge des victimes s’est améliorée, l’indemnisation et la réparation restent  incertaines. À la fin de la pièce, on comprend qu’aller déposer plainte est un acte de courage immense.

Une prise de conscience. Le spectacle interroge nos propres préjugés : participons-nous, parfois malgré nous, à cette culture du viol ? Par nos silences, nos jugements rapides ? Durant le spectacle, une véritable prise de conscience peut s’opérer. Certain(e)s réalisent, parfois pour la première fois, qu’ils et elles ont été victimes de violences ; d’autres prennent la mesure de comportements qu’ils et elles n’avaient jamais identifiés comme violents… Après de nombreuses représentations et des échanges avec des publics très variés, je mesure combien la parole circule … Classement sans suite a une forte dimension pédagogique mais reste un spectacle. Un espace d’émotion et d’humanité : derrière chaque dossier classé, il y a une personne qui a osé parler ; notre rôle, en portant leur voix, est de la faire entendre. 

Un bord de scène avec les comédiens aura lieu à l’issue de le représentation scolaire du vendredi 6 mars.

1h15min / > 14 ans / €12 / 23

Jeudi 05.03 – 19h30

Vendredi 06.03 – 10h

Vendredi 06.03 – 20h30 

Ecrit et mise en scène Luca Franceschi
En collaboration avec Caroline Poiré, avocate pénaliste au Barreau de Bruxelles
D’après une initiative de Carole Ventura
Avec Luca Franceschi, Julie Marichal, Dorothée Schoonooghe, Carole Ventura, Gregory Nardella

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles,

En partenariat avec Amnesty International, Defendere, Fem&Law, Sos Viol