À la fois cossu et modeste, commerçant
et résidentiel, urbain et champêtre, festif et calme, branché et baba cool, arty et chic, 2,18 km2 pour 5 890 habitants et quelque 60 professions ayant pignon sur rue, c’est Saint-Job où il y a …

À Saint-Job, il y a des prairies fleuries, des terrasses suspendues, des cours ombragées, des potagers collectifs, et des jardins noyés dans des îlots de verdure derrière
de hautes haies taillées au millimètre près. À Saint-Job,
il y a des trains, des trams, des Veelo, quelques trottinettes désormais bien garées, des parkings communaux, certaines rues en pavé – d’autres piétonnières ou sans issues,des sentiers et des clos. Là, ça monte et ça descend au gré des collines qui du coup sont baptisées Montagne de Saint-Job.

« Un trésor de la commune en termes de patrimoine écologique, mais aussi parce qu’il
a des vertus immenses en termes de cohésion sociale, de pédagogie et de sensibilisation
par rapport à la thématique écologique et environnementale que nous voulons valoriser. »

À Saint-Job, restent les petites maisons de quatre mètres de façade, du temps où elles accueillaient les familles ouvrières du quartier des Marolles lors de la construction
du Palais de Justice au XIXe siècle. Collées les unes aux autres, souvent rénovées par de jeunes couples et alors parfois réunies. Les villas cossues se font plus discrètes tandis que certains immeubles à appartements rivalisent de modernité.

À Saint-Job, il y a des airbnb avec jacuzzis et vue sur les jardins, des chambres d’hôtes douillettes, des cabanes et même des tentes dans les potagers du Plateau Avijl, mais pas d’hôtel. À Saint-Job, vivent les sauvages renards, faucons, ânes, vaches, chevaux, poneys, chèvres, moutons, limaces, souris, et siamois bichonnés ou teckels résidentiels. À Saint-Job, il y a des écoles primaires et maternelles, communales et catholiques, et des crèches, dont la plus ancienne de la commune d’Uccle. Parfois, les enfants font classe dans les potagers. À Saint-Job, bobos et aristos, entrepreneurs et artistes, commerçants et artisans,belges, français, libanais et afghans, francophones et néerlandophones, jeunes et moins vaillants, SDF et propriétaires terriens, écolos et capitalistes, isolés et familles nombreuses… Tout le monde cohabite.

On chante à Saint-Job. Des chants profanes, des chants sacrés, du jazz ou du rock, des chants de route, ou de méditation, en langues oubliées ou inventées, juste pour
le plaisir du chant – sur le terrain de basket avec Montagne en sons. On attend le paroxysme lors de la fête de la musique et cette dizaine de concerts éparpillés dansles potagers du plateau. Les week-ends d’été, on danse sur la place avec un groupe de rock endiablé. On joue à la pétanque à Saint-Job quelle que soit la saison, de nuit sur la place avec les boules de la friterie Clémentine, et le jour à l’entrée du Plateau Avijl. Au terrain de la Montagne Saint-Job, on joue au basket, au jokari, ou au cricket suivant des plages horaires tacites et respectées par chaque « communauté ». À Saint-Job, il y a une maison ou un centre pour chaque groupe social : les ados au centre Epsylon, les jeunes à Antirides, les MENA afghans au centre de la Croix -Rouge, les enfants autistes à Parhélie, et une maison pour les jeunes filles en difficulté. Ici, on mange bio, thaï, chinois, belge, français, italien, marocain, végétarien, omnivore – ou juste les meilleures frites du sud d’Uccle.

À Saint-Job, on fait son marché le lundi depuis plus de 35 ans. À Saint-Job, on trouve des boulons et des outils de bricolage, du bois coupé sur mesure, des aliments raffinés pour tous types d’animaux, du bio et de la viande, du vin et des frites, le journal et des fleurs, du cramique et des baguettes, des médicaments et des cigarettes.
Et, on consulte aussi vétérinaires et kinés, profs de yoga ou de maths, avocats et architectes, et tant d’autres encore… Mais ni mode, ni fringues ! Saint-Job, c’est aussi sa grande place rectangulaire, créée en 1910, qui depuis en a vu de toutes les couleurs. Dans son ventre gisent quelques restes de deux châteaux, celui de Carloo, détruit par les flammes en 1665 et celui de Van der Noot, démoli en 1819. Ses pavés ont accueilli les plus belles vaches, les pêches au canards, les fameux apéros, notamment. Et, ils ne vont pas en rester là !

Et si Saint-Job c’était avant tout le Plateau Avijl, 8 hectares profondément verts, uniques dans leur genre. « Comme étant un trésor de la commune en termes de patrimoine écologique, mais aussi parce qu’il a des vertus immenses en termes de cohésion sociale, de pédagogie et de sensibilisation par rapport à la thématique écologique et environnementale que nous voulons valoriser », dit Jonathan Biermann, justement échevin de l’urbanisme et du logement.

CÔTÉ COMMERCE

DANS LE PANIER DE SAINT-JOB

Ceux qui allaient manger un spaghetti au Cabestan à pas d’heure ou prenaient
le dernier verre au Bistroquet, ceux qui partaient en voyage avec Nomades et achetaient leurs lunettes de soleil chez l’opticien juste à côté, celles qui s’arrêtaient à la French épicerie, tous ceux-là ne reconnaîtraient pas la Place Saint-Job de 2021. Et ce n’est pas fini !

Le Cabestan a été rasé pour faire place à deux petits immeubles avec rez commerciaux. Le restaurant La Meute remplace le Bistroquet, une agence Fintro et un caviste Canon en lieu et place de Nomades et de l’opticien Otten.
« La gérante du Bistroquet voulait passer à autre chose après trente ans. Le concept de la French Épicerie était sans doute trop haut de gamme pour le quartier, même s’il monte en standing. L’opticien est parti à la retraite, les patrons du Blue Chocolate sont partis vers d’autres aventures. La fille de Farcy en a eu marre… », confie le nouveau président de l’association des commerçants de Saint-Job, Christophe Roelandt, par ailleurs aussi monsieur Fintro et Canon notamment.

Quelques faillites, aussi, ces dernières années. Mais, il reste toujours à Saint-Job une soixantaine de professions ayant pignon sur rue, commerces ou professions libérales, réunies principalement tout autour de la place. Et une association des commerçants bien décidée à dynamiser la place et ses alentours.

« La commune soutient toutes nos initiatives, et c’est précieux. Cet été, elle a installé des pistes de pétanque et des bancs devant la friterie », dit le président. On se souvient des fameux apéros Saint-Job, de la patinoire, des brocantes, concerts et autres activités du temps d’avant. « Vivement que tout cela reprenne, on a plein de projets », conclut Christophe Roelandt qui se montre enthousiaste quant aux projets de réaménagements de la place !

3 COUPS DE CŒUR & NULLE PART AILLEURS

AU REPOS DE LA MONTAGNE

Ancien bistrot colombophile centenaire, réhabilité en restaurant au début des années 1980 par Christian et Bruno et repris par Gaëtan Michel en 2010 qui lui a donné un nouveau souffle tout en sublimant son atmosphère particulière. Cuisine classique et raffinée, toute « faite maison », spécifie le maître des lieux : du fameux tartare aux pavés sauce poivres concassés en passant par les incontournables croquettes de crevettes. Des produits locaux de qualité avec priorité à ceux fraîchement cueillis au Plateau Avijl, juste en haut de la rue, une sélection de vins classiques issus de l’agriculture biodynamique ou naturels et des suggestions de saison renouvelées toutes les deux semaines. Dans ce lieu atypique aux allures de brasserie parisienne, décoré d’anciennes affiches et de lithographies aux tons pastels, on croise les habitués du quartier, les promeneurs de Saint-Job tombés sous le charme du Repos perché au-dessus de la place, Alex Vizorek, Charly Dupont ou quelques acteurs français. « Même s’il
est de plus en prisé, Saint-Job reste un authentique quartier de partage »
, confie encore Gaëtan à qui l’on demande souvent les bons plans immobiliers du coin.

Réservation souhaitable.
39 Montagne de Saint-Job. 02/375 30 53

Au Repos de la Montagne

VRAC&COMPAGNIE

Comment atteindre le fameux zéro déchet ? Commencez par réduire vos déchets en privilégiant le vrac, limitez le gaspillage en n’achetant que ce dont vous avez besoin, limitez votre empreinte carbone en choisissant des produits locaux. Et faites vos courses chez Vrac & Compagnie !

Près de 1 000 références vous y attendent : fruits et légumes frais, belges pour la plupart, épicerie salée ou sucrée, bières et vins, chocolat, thé ou café, produits d’hygiène et de soin, et droguerie – tout en vrac ou présenté dans des contenants consignés ou des bocaux en verre qui peuvent donc être recyclés. Vous apportez votre contenant, choisissez, pesez et ne payez que vos marchandises, hors contenant. Et vous bénéficiez des conseils et recettes. C’est simple, c’est frais, c’est bon pour la planète et pour la santé. Service click&collect via le site pour les gens pressés.

662 chaussée de Saint-Job. 02/315 22 12

Vrac&Compagnie

LE PALAIS DE LA TRUFFE

On dit de la truffe qu’elle est umami, elle a un goût qui va au-delà de ce que nous avons l’habitude de qualifier : salé, sucré, amer et acide. Si l’on connaît la truffe blanche et la truffe noire, 6 ou 7 autres espèces valent aussi le détour, place Saint-Job. Utilisée crue, brute, cuite, en copeaux ou en huile, chaque variété doit être adaptée selon les recettes en tenant compte de leur intensité aromatique particulière. Pour tout savoir, tout humer, tout goûter et se régaler, allez chez LE spécialiste de la truffe et des produits truffés, un passionné qui sélectionne et achemine ces merveilles en direct des meilleurs producteurs italiens et français.

30 Place de Saint-Job. 02/372 21 70

Le Palais de la Truffe

C’EST NOUVEAU !

Gabriella, traiteur italien ; Vrac&Compagnie, du bio local ; Full House, agence immobilière ; L’Enfant Terrible, où l’on chante et on mange ; Lilicup,
pâtisserie artisanale et d’autres.

Bientôt dans les nouveaux immeubles, un chocolatier et, aux dernières nouvelles, un bureau de paris sportifs Ladbrokes ! Sans oublier la boucherie Saint-Job qui occupe maintenant avec élégance le coin de l’ancien garage.

SOUVENIRS SOUVENIRS

EXCENTRIQUE KLACIK

C’était au temps où Saint-Job vibrait la nuit sur une musique new wave venue tout droit de New York ou Londres. C’était là, dans ces 300 m2 High Tech, que Simple Minds, The Pretenders, The Cure, U2, The Cramps, Bono, Suicide, ou Bauhaus se produisaient presque incognito. « Gilles Verlant nous filait les concerts qui ne passaient pas à Forêt National », se souvient Thierry Balasse, l’un des créateurs du lieu. Gyrophares de police ramenés de New York en guise de lumière, 17 tonnes de sable ou 300 m2 de gazon pour varier les thèmes et emmener les gens vers un ailleurs aussi improvisé que déjanté.

Un décor minimaliste, mais des tenues hétéroclites – baskets ou chaussures vernies à pointes, costards noirs ou jeans en skaï, robes en soie ou mini-jupes de cuir. Blousons dorés ucclois, égéries étudiantes de La Cambre et autres cliques anonymes se déhanchaient avec Didier Odieu, Marka, Gilles Verlant, Marc Moulin, Jean-Pierre Hautier, Dan Lacksman, Fred Jannin, ou Thierry Culifort, tandis que Jean-Claude Van Damme faisait le sorteur, avant de se révéler à Hollywood. C’était fin des années septante au 638 chaussée de Saint-Job, l’actuelle salle de vente. C’était le KLACIK, une boîte de nuit pas comme les autres, ouverte sur un coup de tête par quatre potes de 20 ans.
« On avait beaucoup d’idées et peu de sous. On a tout réalisé nous-mêmes avec une bande de copains pour placer nos économies dans l’installation musicale », raconte encore Balasse. « L’idée était de créer un endroit différent tant
au niveau de la musique que de l’ambiance et du décor.»
C’était le temps de tous les possibles !

LE VIEUX SAINT-JOB, CET AUTRE CLASSIQUE

PHILIPPE BERKENBAUM

Haut-lieu de la nuit underground, la place Saint-Job ne s’illustrait pas seulement par son légendaire Klacik au tournant des années 70, mais aussi par une autre scène où se sont succédé bien des diables chevelus de l’époque. Jusque sur la chaussée où les queues se prolongeaient parfois sur le trottoir d’en face et où les inondations fleuraient la bière plus souvent que l’égout. On veut parler du Vieux Saint-Job ou, plus exactement, de l’arrière-salle mythique du restaurant qui changera ensuite plusieurs fois de nom, mais ça c’est une autre histoire. Cette sorte de grange immense en forme de nef fut la cathédrale de bien des soirées endiablées, animées par des légendes comme XTC, Talking Heads ou l’immense et regretté Gruppo Sportivo. Pour ne pas parler de l’éphémère scène punk bruxelloise qui y a eu scène ouverte : les fans des Sex Pistols ont même pu y assister au First Belgian Punk Contest qui rassembla début 1978 des groupes comme X-Pulsion, Chainsaw, les Mad Virgins ou Raxola. C’était bruyant, gentiment anarchiste et ça se terminait souvent par une frite sur la place, dont le fritkot était déjà légendaire bien avant que Clémentine, fille du fondateur de la célèbre Friterie Antoine, vienne y mettre son grain de sel.

Voire, quand on avait vraiment faim ou soif d’éteindre la flamme qui brûlait au fond du gosier, par un bon bolo au Cabestan, seul resto ouvert toute la nuit au sud de Bruxelles pour ceux qui n’attendaient que l’aube pour remettre le couvert. Entre le Klacik et le Vieux Saint-Job, il n’y eut jamais match mais la complicité de ceux qui savaient que c’était là, à Saint-Job et nulle part ailleurs, que la nuit était (au moins) aussi belle que le jour. S’il nous arrivait de papillonner au Pluriel, au Mirano, au Canotier ou même aux 2 Dollars, pour ne citer que quelques temples de l’époque, on finissait toujours par s’y retrouver. Sans avoir jamais besoin de se donner rendez-vous.

Saint-Job*

2,18km2 – 5890 habitants dont 2999 femmes, 2733 hommes – 1821 personnes de nationalité étrangère dont 12% de Français) – âge moyen 40ans – 2,28 enfants par ménage – 14% de ménages monoparentaux.

162,420km2 – 1218255 habitants (616113 femmes, 5 2429 hommes – 411075 personnes de nationalité étrangère dont 5 % de Français) – âge moyen 37,5ans – 2,17 enfants par ménage – 11% de ménages monoparentaux.

* Moyenne Région Bruxelles Capitale *Sources Statbel 2020