En cause, bien sûr, une offre trop maigre de logements neufs de qualité à Bruxelles et des prix que les taux hypothécaires bas poussent à la hausse, dans le neuf comme dans l’ancien. Entre 2010 et 2020, selon la Fédération du Notariat belge, le prix moyen d’une maison à Uccle a bondi de 365000 à 632500 € (+ 73%) et à Saint-Gilles de 277000 à 540000 € (+95%). Côté appartements, c’est à nouveau Saint-Gilles qui a le pompon (2010: 155000>275000 € en 2020, + 77%), devant Woluwe Saint-Lambert (205000>330000 €, + 61%), Uccle ne connaissant une hausse “que” de 48% (213250>315000 €). En un an, 2020-2021, l’augmentation moyenne est de 4 % pour les maisons et de 9 % pour les appartements. La crise sanitaire n’a fait que renforcer la demande de logements aérés, avec jardin et possibilité de télétravailler confortablement, tout en ralentissant la finition des constructions en cours. D’où un bel effet d’étranglement sur le marché, qui aboutit aujourd’hui, selon les estimations de la Banque Nationale, à une surévaluation globale de celui-ci de 14%. 

“J’ai un amateur à 10000 € de plus…” 

Rien d’étonnant, donc, à ce que dès qu’un logement convoité (typiquement, 2-3 chambres avec jardin) est mis sur le marché, les acquéreurs se ruent dessus – déjà une dizaine dans l’heure suivant la parution de l’annonce sur les réseaux. Ils se livrent à une course de vitesse malsaine, pouvant aboutir à une surenchère de plusieurs milliers d’euros, parfois même sans visite… Il faut absolument éviter de tomber dans le piège des enchères bidon et des vendeurs sans scrupules (les agences sérieuses ne procèdent jamais comme cela, ndlr) qui n’hésitent pas à mettre sous pression: “Attention, j’ai un amateur pour autant en plus…” A éviter également comme la peste, la tentation de renoncer à des clauses suspensives dans l’offre qu’on fait, en particulier celle qui concerne l’obtention d’un crédit hypothécaire. Les banques sont plus frileuses qu’il y a quelques années et, en cas de refus du crédit, vous risquez de devoir annuler la vente, au risque de payer au vendeur une indemnité. Mauvaise blague! Une solution serait de proposer par écrit une option au vendeur, avec prix et conditions de vente, liant celui-ci (s’il l’accepte) jusqu’à la levée de l’option par l’acquéreur.  

Ni précipitation funeste, ni atermoiements inconsidérés (sic)…

Bien sûr, la surchauffe actuelle fait l’affaire des vendeurs mais ceux-ci, avec la grimpette des prix, ont également tendance à garder leur bien. Soit pour attendre des prix encore plus élevés, soit parce que l’expérience du confinement leur a également montré l’avantage d’avoir un jardin en ville… En tout état de cause, il y a un véritable effet de squeeze et un décalage que certains professionnels estiment à 20 % entre offre et demande. Il faut donc aujourd’hui être rapide sur la balle, mais attention à l’imprudence, vitesse ne doit pas être synonyme de précipitation; celle-ci, funeste, peut entraîner des déboires invraisemblables pour l’acquéreur qui a cédé au coup de cœur dans l’urgence, sans visiter à fond le bien offert et sans garder les yeux ouverts. S’il découvre après coup des vices cachés comme la mérule tapie dans les combles ou des infractions au règlement d’urbanisme (ah, cette véranda ou ce garage sans autorisation…), ce sera à lui de prouver que le vendeur les connaissait. La galère! La brique dans le ventre, c’est très belge, mais pas au risque de peser sur l’estomac…