
De Hoef 1627, le grill de la rue Edith Cavell, fait partie des six restaurants que visit.brussels vient d’ajouter à la liste Brusselicious, le label qui distingue les maisons bruxelloises servant une cuisine belge traditionnelle. Une reconnaissance tardive, en un sens, pour une adresse où l’on cuit la viande dans la cheminée de la salle depuis des décennies.
Le label n’est pas une simple vignette à coller sur la vitrine. Un jury indépendant, où siègent notamment des journalistes culinaires, passe incognito et juge la qualité et la provenance des produits, l’authenticité des plats, la technique, le caractère belge de la maison et le rapport qualité-prix. La distinction vaut un an et se renouvelle.
Avec cette arrivée, Uccle compte six tables labellisées. Pour une commune résidentielle qu’on ne cite pas souvent quand on parle de la scène culinaire bruxelloise, la proportion est remarquable.
L’occasion de faire le tour de ces restaurants ucclois Brusselicious, en commençant par la nouvelle venue.

De Hoef 1627, le feu dans la cheminée
Le chiffre dans le nom n’est pas un argument de marketing. La maison a été construite en 1627, en pleine campagne brabançonne, et servait de relais de poste. On y changeait les chevaux, d’où le nom, déformation du flamand hoefijzer, le fer à cheval. Deux siècles plus tard, le carrefour du Hoef était encore entouré de forêt. Vers 1840, un petit hameau s’est formé autour et la maison est devenue une ferme, puis une guinguette, une brasserie, un estaminet où les étudiants de l’athénée et de l’ULB venaient danser entre le billard et le juke-box.
C’est dans les années 1960 que la maison devient un vrai restaurant, sous la houlette de celle que tout le monde appelait Madame Pitou. Ses filles l’ont rejointe, puis la génération suivante. C’est aujourd’hui son petit-fils, Maxime, qui tient les commandes, ce qui fait quatre générations de la même famille.
On y vient pour la viande grillée au feu de bois, directement dans la cheminée de la salle, sous les yeux des clients. Le reste de la carte suit le répertoire de la brasserie belge, croquettes aux crevettes comprises. Aux beaux jours, la terrasse ombragée à l’arrière fait oublier qu’on est à deux pas de la chaussée.
Le Pigeon Noir, le bistrot qui ne bouge pas
Rue Geleytsbeek, cet ancien café colombophile a gardé ses banquettes, ses tables serrées et ses plaques émaillées. Henri De Mol l’a repris en 2006 et l’a laissé dans son jus, au point d’en faire une posture. Le Michelin lui a accordé une étoile en 2014, ce qui n’a rien changé au décor. C’est désormais son fils Benoît qui reçoit. La cuisine est bourgeoise et assumée comme telle : cervelle de veau sauce tartare, rognons de veau à la moutarde de Gand, côte de veau au jus truffé. Une vingtaine de couverts seulement, il faut réserver.


Au Repos de la Montagne, l’autre café à pigeons
Montagne de Saint-Job, une coïncidence : c’est lui aussi un ancien café colombophile. Fermé un temps, il a été repris par trois anciens de l’horeca bruxellois, Benjamin Rauwel, Pierre-Antoine Duhayon et Pascal Kasongo, qui en ont fait un bistrot de quartier bruyant et généreux. L’ardoise change avec les saisons. Joues de porc à la bière, gratin de chicons, croquettes au fromage et aux crevettes, que la maison a d’ailleurs présentées au concours bruxellois de la meilleure croquette. La cave fait la part belle aux bières locales et aux vins nature. Labellisé Brusselicious en 2025, Au Repos de la Montagne porte aussi un Bib Gourmand du Michelin, qui récompense le bon rapport qualité-prix. À midi, la carte est plus courte.
Les Brasseries Georges, la croquette primée
Face au Bois de la Cambre, avenue Winston Churchill, les Brasseries Georges ouvrent tous les jours depuis 1986. Le cadre est art déco, l’esprit revendiqué est celui d’une brasserie parisienne, et la maison met en avant son grand banc d’écailler. On pourrait donc s’étonner de la trouver sur une liste consacrée à la cuisine belge. Sauf que sa croquette aux crevettes a remporté deux années de suite, en 2022 et 2023, le concours de la meilleure croquette aux crevettes de Bruxelles, organisé justement par visit.brussels. Le label juge ce qu’il y a dans l’assiette, pas l’enseigne.


Colonel Fort Jaco, la boucherie dans la salle
Chaussée de Waterloo, la deuxième adresse du Colonel est une brasserie élégante aux tons sombres, construite autour d’une idée : on choisit sa pièce de viande au comptoir de boucherie, à côté de la cuisine ouverte, avec les conseils de l’équipe. Viandes de race, maturées ou non, chateaubriand d’Aubrac, frites cuites au blanc de bœuf. Les classiques belges ne sont pas en reste, du filet américain au vol-au-vent. Les places au comptoir permettent de suivre le travail en cuisine.
Tontons, le bolo de quartier
Rue du Doyenné, à deux pas du parvis Saint-Pierre, Valérie Delange a ouvert Tontons en 2016. Le nom vient de ses oncles, qui l’ont aidée à monter l’affaire, et un peu du film de Lautner. Le concept tient en un plat : le spaghetti bolognaise à la belge, celui de l’enfance, pas le ragù italien. Sauce longuement mijotée, fromage râpé en abondance. Autour, le spaghetti jambon-fromage, les macaronis gratinés, une version végétarienne et des pâtes sans gluten. C’est la plus simple des six adresses, et sans doute la seule où l’on dîne pour une vingtaine d’euros.

Six maisons, six façons de comprendre la cuisine belge. Le feu de bois d’un relais de poste du XVIIe siècle, un bistrot étoilé qui refuse de changer, une assiette de bolo. Le jury Brusselicious a eu le mérite de ne pas choisir entre elles.







