Thomas Gunzig

Né à Uccle, une enfance entre Uccle et Boitsfort avant un achat immobilier proche du plateau du Kauwerg, Thomas Gunzig a quasiment été Ucclois toute sa vie. Il nous dévoile ses lieux fétiches et ses coups de cœur. Son dernier roman en date, Spectres, figure parmi les 471 ouvrages de cette rentrée littéraire.
Ucclois de souche, de cœur ou d’adoption ?
Je suis né à Uccle, mais j’ai vécu toute ma petite enfance à Boitsfort. J’ai d’abord habité au Logis, puis dans la maison de Rik Wouters. A la séparation de mes parents, ma mère s’est installée à Uccle. Elle y a acheté une microscopique maison dans un des Carrés. A l’époque, ça ne coûtait pas grand-chose. A partir ce moment-là, j’étais mi-temps à Boitsfort et mi-temps Uccle. Par la suite, comme j’allais à l’école à l’Athénée royal Uccle 1 et que je pratiquais le karaté à la salle Van Offelen, je suis de plus en plus fréquemment resté à Uccle. C’était plus pratique.
Et tout naturellement, vous vous êtes installé ici ?
Il y a presque 20 ans, quand ma compagne et moi avons cherché à acheter un bien, paradoxalement, c’est à Uccle que c’était le moins cher par rapport à Boitsfort ou Ixelles. Je souhaitais rester dans la partie sud de Bruxelles. Je ne voulais pas, ou quasi pas, de travaux, je déteste ça. Mes enfants allaient à l’école Decroly, c’était aussi plus simple pour les trajets. Nous avons trouvé un appartement du côté du Kauwberg.
Il y a des endroits dans la commune qui vous inspirent ?
Qui m’inspirent, c’est un grand mot. Il y a, en tous les cas, des endroits que j’aime, où je me sens bien. C’est une commune super verte évidemment. Il y a des coins que je trouve très beaux dans mon quartier. J’ai fait mille balades dans le Kauwberg avec les enfants, ses grandes prairies, ses petits bois… Le ruisseau Kinsendael, j’adore. J’aime cette atmosphère de village, comme à la place Saint-Job.
Certains de ces lieux ont-ils trouvé une place dans vos romans ?
Pas jusqu’à présent. Mes romans sont forts tournés vers l’imaginaire. Je suis donc toujours un peu réticent à les ancrer dans du réel. Mais la tranquillité et le cadre de vie de la commune jouent un rôle et me permettent de travailler comme j’ai envie de le faire.
Vous avez des endroits fétiches ?
Je suis un garçon très casanier. Je ne sors pas énormément. Ma vie, c’est mon appartement, ma grande surface et ma salle de sport à Fort Jaco. C’est le triangle magique.
Vous lisez le Wolvendael Magazine ?
Oui, j’adore. Je lis les tribunes politiques notamment. C’est très gai de voir la vie de la commune dans ses petits détails. Je regarde aussi les photos des événements, des célébrations de noces d’or, etc. J’aime bien ce côté d’ultra proximité. D’ailleurs, tout le monde lit le Wolvendael Magazine ! On est toujours curieux de savoir qui sera en couverture.
Vous assistez à des spectacles au Centre culturel ou ailleurs ?
Je l’ai dit, je ne sors pas souvent. Le Théâtre de Poche, c’est un peu mon théâtre de cœur. Ce sont des amis. Le Centre culturel est lié à d’autres formes de souvenirs : les spectacles qu’on venait voir avec l’école et ceux dans lesquels mes enfants ont joué en fin d’année scolaire.
Votre nouveau roman, Spectres, figure parmi ceux de la rentrée littéraire de septembre. Vous l’avez porté pendant près de 3 ans. Comment vous sentez-vous au moment de sa sortie en librairie ?
J’ai à la fois envie de vomir et de danser. Je ne maitrise plus rien. Dans une rentrée littéraire de près de 500 livres, tout se joue en l’espace de quelques semaines. Ce que vous avez mis 3 ans à écrire va, oui ou non, trouver le chemin des lecteurs. Et si au-delà de ces quelques semaines, rien ne s’est passé, c’est fini. Votre livre passe de la table au rayon des librairies, du rayon aux caisses de retour, puis au pilon. Je répète souvent que c’est une question d’alignement des planètes. Il y a d’excellents livres qui ne trouvent jamais leur public et des livres médiocres qui ont du succès. Il n’y a pas de règles. C’est le jeu terriblement brutal et cruel de la rentrée littéraire.
Comment a germé la thématique de ce livre ?
J’avais cette idée depuis 2015, quand je rédigeais Manuel de survie à l’usage des incapables. Dans ce roman se trouve déjà l’idée de celui-ci, de manière embryonnaire. Mais je ne voyais pas très bien comment l’aborder et, surtout, je n’avais pas encore les outils, à la fois stylistique et scientifique pour le mener à bien. Après mon précédent livre, j’ai eu l’impression que le moment était venu. Puis, j’ai entendu une interview du professeur Carlo Rovelli de l’Université d’Aix-Marseille, un grand chercheur et vulgarisateur contemporain. Il travaille sur la gravitation quantique à boucles. Une théorie qui porte un nom exotique et qui fait peur, mais passionnante. C’est la porte d’entrée qui me manquait pour le thème de Spectres.
Vous serez le 2 septembre à la Maison des Arts pour une rencontre-dédicace. Qu’est-ce que cela vous apporte de rencontrer des lecteurs, de discuter avec eux ?
C’est probablement un des aspects les plus intéressants de l’écriture. Et même des plus nécessaires. Quand vous montez sur scène, vous sentez directement comment la salle réagit. L’écriture est une activité très solitaire. Rencontrer le public, c’est une manière de se connecter à la vie de votre livre, comment il résonne dans l’esprit des lecteurs et lectrices. Ça vous force aussi à articuler une réflexion a postériori sur votre travail. Au moment de l’écriture, vous êtes fort dans la mécanique du récit, dans la construction des personnages. On ne comprend vraiment ce qu’on a écrit que lorsqu’on est contraint d’en parler.
Vous avez des aficionados ?
Oui, il y a une petite fan base. Tous les 2-3 ans, je sors un livre et je retrouve, ici ou là, les mêmes têtes. C’est super évidemment. C’est important de gagner un nouveau lectorat, mais c’est aussi très gai de voir qu’il y a des fidèles qui ne vous abandonnent pas. Ça rassure aussi sur la qualité de son propre travail.
Le roman Spectres (Editions Au Diable Vauvert) de Thomas Gunzig est sorti le 20 août en librairie. Une rencontre-dédicace est organisée le 2 septembre, à la Maison des Arts, de 19h à 21h30.
Crédit photo: ©Jean-Philippe Baltel